La romanisation de la Gaule

Des sauvages, ces Gaulois ?


  • Les concepts centraux : rencontre, altérité, civilisation
  • Les objectifs notionnels : Gaulois et monde gallo-romain

Pour animer cette situation-problème, on peut se rapporter à une variante : Ces Gaulois, des sauvages ?

  1. LES REPRESENTATIONS DES ELEVES

Concernant les Gaulois, les représentations des élèves sont fortement alimentées par la lecture de la bande dessinée d’Astérix et d’Obélix. Et s’ils ne l’ont pas lue, nombreux sont ceux qui ont vu les dessins animés et maintenant le film qui en a été tiré. De toutes les manières, on peut considérer que l’œuvre de Goscinny et Uderzo incarne ces représentations. Les Gaulois y sont présentés comme malins, braillards, bagarreurs et gros mangeurs de sangliers. Et comme tout se finit par une fête, nous ne pouvons pas nous étonner de retrouver l’idée que les Gaulois aimaient les grands banquets au cours desquels ils dévoraient de la viande et buvaient du vin et de la bière. Ce n’est pas le régime alimentaire qui doit nous surprendre mais le terme de « dévorer » qui sous-entend une certaine voracité incompatible avec un comportement fin et civilisé ; terme que l’on rencontre dans certains manuels d’histoire.

Si nous avons recours au dictionnaire quand on ne peut au préalable s’assurer des représentations des élèves, on peut y trouver que l’adjectif gaulois signifie d’une gaieté un peu leste, grasse et franche. Autrement dit, encore une fois, le Gaulois serait plutôt rustre. Il nous semble que l’on retrouve ici un mépris qui a son équivalent dans celui de l’urbain par rapport au paysan, et peut être du Romain par rapport au Gaulois. D’autant que dans les dictionnaires, le mot romain est défini par des termes plus flatteurs : caractères d’imprimerie, chiffres et laitue.

Serait-ce à dire que les Romains étaient plus « civilisés » que les Gaulois ? Plus que la réponse simpliste à cette question, c’est la façon dont  la majorité de nos élèves pensent ce problème que nous voulons déranger.

La rencontre Gaulois – Romains est systématiquement pensée dans la perspective d’une romanisation. Mais les Gaulois étaient-ils si arriérés qu’ils n’auraient rien apporté dans la corbeille de cette rencontre ? Même si au bout du compte la réponse devait être négative, on ne doit pas éviter cette interrogation pour des questions méthodologiques et éthiques qui n’ont rien à voir avec un quelconque chauvinisme. Le lecteur pourra se rendre compte dans d’autres écrits que celui qu’il a entre les mains que nous posons systématiquement cette question, car on ne connaît pas d’exemple ou une conquête soit un simple anéantissement de l’autre.

Durée ORGANISATION

MISSION

Séquence 1

Les élèves n’ont pas nécessairement de représentations particulières à propos des Gaulois. Il s’agit donc d’en créer ou tout au moins de renforcer celles qui pourraient exister à la suite de la lecture des bandes dessinées pour mieux rompre avec elles dans la séquence 2.

5 m Emergence des représentations.

Présentation à la classe.

Que savez-vous des Gaulois ? Ecrivez quelques lignes à leur sujet.
20 m Travail de groupes à partir de documents renforçant les représentations supposées des élèves Vous allez lire ces documents et vous en servir pour jouer, mimer, des scènes de la vie quotidienne des Gaulois.
20 m Présentation au grand groupe des productions de chacun Chaque groupe présente à la classe le fruit de son travail.
Séquence 2

La seconde séquence a pour but de relativiser les certitudes qui avaient commencé d’être construites au cours de la séquence précédente.

20 m Travail de groupe à partir de documents présentant une vision en rupture Vous repartez dans vos groupes, avec la même consigne, mais avec de nouveaux documents.
20 m Présentation au grand groupe des travaux de chacun. Discussion. Même consigne que tout à l’heure.

Si l’on compare vos premiers travaux avec ces derniers, qui faut-il croire ?

5 m Rédaction d’un court texte par chaque élève afin de le comparer aux premiers écrits. Chacun rédige un court texte pour mettre au clair ce qu’il sait ou croit savoir sur les Gaulois, maintenant.
Suite éventuelle

Une recherche facultative qui a l’avantage de dépasser l’opposition qui était mise en valeur auparavant en montrant des traces de la civilisation gallo-romaine.

Ind. Recherche à la BCD de documents iconographiques sur le monde gallo-romain. Chaque groupe constitue une affiche caractérisant le monde gallo-romain. Recherchez à travers les documents qui ont été sélectionnés toutes les traces de ce qu’on appelle la civilisation gallo-romaine.

 

  1. LE POINT SUR LA QUESTION

Plusieurs problèmes se posent quand on essaie d’étudier les Gaulois :

Première difficulté, l’objet de l’étude : les Gaulois et leur civilisation, les Gallo-romains, la conquête de la Gaule par les Romains… Autant d’objets fort différents qui sont à peu près tous traités par les manuels mis à la disposition des enseignants. Les Instructions Officielles parlent de la Gaule et de la romanisation.

Seconde difficulté, s’agissant de la romanisation : la conquête n’a guère qu’un seul chroniqueur, César lui-même. Autrement dit le personnage qui raconte la romanisation militaire en est son principal auteur. Certains pensent qu’il a eu tout intérêt à exagérer la difficulté de la conquête pour en tirer plus de gloire. Certains vont même jusqu’à penser que Vercingétorix est une invention de ce dernier relayé par une certaine historiographie du 19esiècle qui avait besoin de proposer des chefs héroïques aux Français[1]. On peut donc être surpris de lire comment les instructions officielles ainsi que les manuels insistent autant sur un personnage dont l’authenticité n’est pas avérée pour les spécialistes.

Troisième difficulté, les seules sources dont nous disposons outre César sont romaines. Comme tout témoignage, le point de vue de ces auteurs est à prendre avec précaution car il nous renseigne plus sur leur propre sensibilité que sur les valeurs de la civilisation gauloise. C’est donc le plus souvent un regard empreint de dépréciation que ces auteurs nous livrent : sacrifices humains, esclavage, goût de la guerre, division des peuples… autant d’éclairages qui sont à utiliser avec prudence et qui, hélas, constituent le fond de l’enseignement de l’historiographie gauloise. Là encore, plus les Gaulois sont barbares plus la domination et la romanisation se justifient.

Nos ancêtres les Gaulois ! Les populations celtiques venues probablement du Danube s’installent en Europe occidentale de la Belgique actuelle jusqu’à l’Espagne et l’Italie du Nord d’aujourd’hui (Rome est prise en 387 av. J. -C). Ces populations ne sont pas les premières à pénétrer dans la péninsule européenne : Neandertal, puis Cro-Magnon et les populations du Néolithique l’avaient fait avant elles. Bien d’autres le feront après elles : pour quelles raisons leur accorder ce statut particulier d’ancêtres qu’on a même voulu imposer aux Africains et aux Asiatiques de l’ancien empire colonial français ?

On sait que ces populations inventent une civilisation urbanisée (oppidum), fondée sur l’agriculture, et qu’elles maîtrisent la métallurgie. La société est dominée par de grands propriétaires terriens. Les artisans sont habiles (bois, fer et autres métaux), les commerçants très actifs : les monnaies gauloises circulent dès le 3esiècle av. J. -C. On sait également que pour des Barbares, ils vont se romaniser à grande vitesse ! Un siècle après la conquête de César, la civilisation gallo-romaine est née, même si des révoltes (Eduens, Trévires en 21, Frisons et Bagaudes au 3esiècle) éclatent comme dans de nombreuses provinces romaines, quand les populations se sentent maltraitées.

  1. INDICATIONS SUR L’ANIMATION

Séquence 1

L’émergence des représentations des élèves à propos des Gaulois est une phase essentielle afin que chacun se sente conforté par les clichés qui ne manqueront pas de fuser à travers la classe. Il est utile qu’en fin de séquence le même travail soit demandé aux élèves afin qu’ils puissent apprécier les modifications qu’ils apportent à leurs représentations à la suite de ces deux séquences.

De la même façon, les pistes qui sont proposées aux élèves (consultation de dictionnaires pour l’adjectif gauloiset pour le nom gauloiserie, une page finale d’une aventure d’Astérix avec un banquet et une bagarre, un extrait de La guerre des Gaulesde César) permettent d’asseoir cette vision plutôt péjorative des Gaulois. En demandant aux élèves de théâtraliser la vie quotidienne des Gaulois grâce à ces documents, on veut mettre en lumière l’absence du travail dans des domaines (forge, commerce, agriculture, transport, etc…) où les Gaulois excellaient.

Séquence 2

Dans cette séquence, chaque groupe repart au travail avec d’autres documents mais la même consigne. Chaque groupe peut avoir divers documents concernant le monde du travail. On peut leur donner des documents différents sans les spécialiser sur le plan économique.

On pourrait également spécialiser chaque groupe dans une des « classes » de la société : druides, chevaliers et producteurs. Mais cette dernière démarche est non seulement plus difficile mais risque aussi de faire dévier de l’objectif que l’on s’est assigné ici, le renversement de l’image des Gaulois chez les élèves.

L’essentiel du travail réside donc dans la comparaison entre les deux jeux de rôle, la mise à jour de ces différences et leur formalisation individuelle par écrit. Les concepts travaillés sont ceux propres à toute rencontre. Quoiqu’on pense il y a toujours échange : l’Autre n’est jamais aussi nu qu’on veut bien le penser. Concernant les Gaulois, la naissance de la civilisation gallo-romaine est bien le produit de la rencontre de certains aspects de la civilisation romaine et de certains aspects de la civilisation gauloise ou des civilisations celtes. Si bien que cette séquence peut être suivie d’un travail à la BCD pour relever des éléments architecturaux de la civilisation gallo-romaine. Mais sans un déplacement des représentations des élèves par rapport aux Gaulois, la civilisation gallo-romaine ne serait que romaine, une simple transposition de la civilisation romaine.

Notons le paradoxe de l’attitude de l’historiographie française qui a, de façon erronée, élevé les Gaulois au rang d’ancêtres privilégiés des Français et qui, en même temps, les présente comme des barbares comparés aux Romains.

  1. DOCUMENTS DE TRAVAIL

 Séquence 1

  • Utilisation de divers dictionnaires dans lesquels les élèves cherchent les définitions de l’adjectif gaulois(D’une gaieté libre et licencieuse), du nom gauloiserie(Caractère de ce qui est gaulois, exprimé de façon libre. Propos libre ou licencieux).
  • Une planche des aventures d’Astérix, qui montre les Gaulois comme vantards et braves. Les Gaulois aiment les grands banquets au cours desquels ils « dévorent » de la viande et boivent du vin et de la bière additionnée de miel[2]. Le volume intitulé Le combat des chefs présente l’intérêt de s’intéresser au travers de quelques clins d’œil à la transformation de la société gauloise sous l’influence des Romains.
  • Extraits de La guerre des Gaules de César que l’on peut trouver dans de nombreux manuels scolaires de l’Ecole ou du Collège. A défaut, on prendra quelques extraits de Strabon qui émaillent les manuels scolaires.

Séquence 2

Trois documents iconographiques que l’on trouve rarement rassemblés peuvent être utilisés : le bas-relief des forgerons, transport du vin en tonneau par bateau, transport par char, (Hachette, histoire CM, 1985, p. 20).

On peut y ajouter une reconstitution de la machine à moissonner que l’on peut consulter dans La documentation par l’image(mars 1999, n° 88, Nathan, p. 40). Cette reconstitution est plus intéressante que les différentes reproductions des bas-reliefs qui lui sont consacrés car ils sont peu lisibles par des élèves. On peut y ajouter en guise de commentaires l’extrait suivant inspiré de Pline :

Dans les vastes domaines de la Gaule, une grande caisse dont le bord est garni de dents est conduite à travers le champ de blé par un bœuf qui la pousse devant lui, si bien que les épis arrachés par les dents tombent dans la caisse.

  1. BIBLIOGRAPHIE

Livres

  • Buisson A., 1998, Les villes gallo-romaines : une greffe réussie, dans Textes et documents pour la classe, n° 747, CNDP.
  • Nougier L. -R., 1991, Au temps des Gaulois, Coll. La vie privée des hommes, Hachette.
  • Pinon P., 1991, La Gaule retrouvée, Coll. Découvertes, Gallimard.

Quelques sites Internet beaucoup moins intéressants que ceux consacrés à la Préhistoire !