LOUIS XIV, le roi-soleil

Versailles, ou la mise au pas des grands vassaux ?


  • Les concepts centraux : pouvoir, État.
  • Les objectifs notionnels : absolutisme, vie à la cour

 

  1. LES REPRÉSENTATIONS DES ÉLÈVES

 

Les représentations des élèves à propos de Louis XIV sont assez homogènes et sans surprises quand ils en ont entendu parler. Elles sont sans surprises parce qu’elles correspondent à l’image de « grand roi », de « roi-soleil », voire d’un roi absolu, même si cette notion n’est pas claire pour les élèves. Le château de Versailles est aussi associé à Louis XIV.

Bien évidemment, quand les élèves évoquent Versailles, c’est pour parler de son aspect ostentatoire, bien normal après tout pour un roi aussi puissant et dont la longévité au pouvoir a été exceptionnelle. Derrière le luxe, ils ne perçoivent pas la vie quotidienne qui s’y déroulait, beaucoup moins brillante parfois et certainement plus mesquine. Comment pourraient-ils appréhender, grâce aux informations qu’ils ont pu recueillir ici ou là, que Versailles a été un des instruments, peut-être parmi d’autres, du pouvoir de Louis XIV ?

Car le concept travaillé est une fois de plus celui de pouvoir. Un pouvoir absolutiste de droit divin. Le règne de Louis XIV constitue l’apogée de cette forme de monarchie qui est le résultat d’une longue construction amorcée bien avant les Bourbons. Ce qui est original, c’est que le château de Versailles n’est pas seulement le symbole du pouvoir personnel de Louis XIV. Il en est l’instrument. Le château de Versailles, la vie de cour qui est en quelque sorte imposée à la noblesse a été un des moyens de mettre au pas la noblesse.

Enfin, si la dénomination de « roi soleil » est connue de quelques élèves du cycle trois, elle a plus un contenu plaisant, grâce à l’image du soleil et à la thématique qu’elle véhicule, que péjoratif. Certains élèves sont parfois déçus de se rendre compte que Louis XIV n’était pas aussi sympathique, ou plutôt qu’il était plus contradictoire, que ne le laissait croire la métaphore.

2. LE DEROULEMENT DE LA SEANCE

Durée ORGANISATION

MISSION

  • La vie de cour imposée aux grands personnages du royaume est une des stratégies majeures de Louis XIV pour imposer son pouvoir.
  • L’objectif est de prendre conscience que l’absolutisme comme forme d’appropriation personnelle du pouvoir s’est servi de Versailles. Versailles n’est pas seulement l’expression de l’absolutisme mais également son outil.
15 m Phase 1

Deux reproductions de Versailles sont fournies aux groupes avec pour mission de percevoir les changements et surtout de faire des hypothèses sur ce qui s’est passé entre ces deux étapes de l’édification de Versailles.

Vous avez devant vous deux tableaux représentant le château de Versailles. Ils ont été peints à près de 50 ans de distance.

Essayez de voir les différences qui existent entre ces tableaux à propos du château et faites des hypothèses sur ce qui s’est passé entre les deux époques.

20 m Relevé des hypothèses par l’enseignant au moment des rapports des groupes. Chaque groupe expose maintenant les différences qu’il a relevées et ses hypothèses.
25 m Phase 2

Les textes de personnages ayant fréquenté la cour de Louis XIV sont fournis aux groupes qui doivent essayer de trouver confirmation de leurs hypothèses ou en élaborer d’autres.

Afin de valider ou d’invalider les hypothèses notées au tableau, chaque groupe va retourner au travail avec des documents écrits par des personnages qui ont fréquenté la cour de Louis XIV, à Versailles.
10 m Rapport des groupes. Chaque groupe fait son rapport.

Que pouvons-nous dire de la vie qui était menée à Versailles ?

5 m Magistral en situation de l’enseignant.  (VOIR PLUS BAS)

3. LE POINT SUR LA QUESTION

On a voulu voir dans le règne de Louis XIV une rupture par rapport à celui de son père, Louis XIII, dans la mesure où il avait décidé de se passer de Premier ministre. L’annonce fut brutale, au lendemain de la mort de Mazarin. Mais le pouvoir de Louis XIV n’était que renforcé par rapport à celui de ses prédécesseurs, et il restait dans la logique de l’effort de centralisation amorcé depuis des siècles.

L’absolutisme de droit divin consacre le principe selon lequel le roi est le suzerain de tous les autres seigneurs, l’arbitre au-dessus des rivalités entre les ordres et le garant de l’intérêt général. Autant de conceptions que l’on peut retrouver parfois dans les principes de la Cinquième République et dans la conception du rôle du président qu’elle véhicule.

De fait, le roi est bien obligé de déléguer. Et c’est peut-être le renouvellement total du personnel politique, la désignation de bourgeois estimés compétents par le roi en place, la mise à l’écart des grands seigneurs qui provoqua le plus de remous. Le souvenir de la Fronde, au temps de sa jeunesse, l’aurait inspiré dans sa décision de limiter les pouvoirs des Parlements.

L’absolutisme, qu’il ne s’agit en aucune façon de légitimer, pourrait être analysé comme la continuité d’une lutte contre les particularismes et les forces centrifuges de nature à affaiblir le pouvoir royal. Car Louis XIV présente ces deux facettes : centralisation excessive du pouvoir et modernisation de l’État. Ce qui ne saurait faire oublier la révocation de l’Édit de Nantes pas plus que la Guerre des Camisards ou les lettres de Cachet. Le sort funeste de personnages comme Nicolas Fouquet, protecteur de La Fontaine, souvent critique à l’endroit de la vie de cour, avait servi d’exemple, et avait édifié l’aristocratie sur les limites qu’elle devait donner à son indépendance et sur la confusion qu’elle avait coutume de faire entre ses poches et celles de l’État.

On pourrait encore nuancer le tableau en juxtaposant l’œuvre de réforme entreprise par les grands ministres avec la misère des Français du XVIIe siècle.

Il peut être utile de se souvenir que le règne de Louis XIV se décompose en deux temps.

  • la régence d’Anne d’Autriche et la tutelle de Mazarin : 1643 – 1661
  • le règne personnel de Louis XIV : 1661 – 1715

4. INDICATIONS SUR L’ANIMATION

L’animation de la séquence repose essentiellement sur l’observation et la comparaison de deux peintures représentant le château de Versailles à quelques années d’intervalle. Il est nécessaire que les élèves se rendent compte que le château change de taille, et que cet agrandissement est spectaculaire. Il est capital qu’il fasse des hypothèses nombreuses et ingénieuses sur les raisons de ces modifications. Peu importe, par contre, qu’ils produisent la bonne hypothèse qui lie taille et architecture du château avec le projet et la nature du pouvoir politique.

L’important c’est qu’ils aient questionné à la fois les documents et les ressources dont ils disposent pour procéder à ce genre de rapprochement. Le reste du travail ne présente rien de particulier. Les textes sont fournis pour enrichir, confirmer ou infirmer les hypothèses des élèves à propos des reproductions du château de Versailles. Certains sont porteurs de la fascination que la vie de cour opérait et d’autres expriment la prise de conscience de certains contemporains de l’opération politique que menait Louis XIV et de la nature absolue du pouvoir qui s’installe.

Resterait à savoir si Louis XIV était vraiment un roi plus absolu que ses prédécesseurs ? La réponse n’est pas si simple, surtout si l’on considère que ces prédécesseurs authentiques se nommaient Mazarin et Richelieu !

5. DOCUMENTS DE TRAVAIL

Phase 1

© RMN et L’Histoire par l’image

  • Doc. A – Reproduction de gauche : Pierre Patel, en 1668, peint le pavillon de chasse de Louis XIII (7 ans après la prise de pouvoir de Louis XIV). Il a déjà commencé à le transformer.
  • Doc. B – Reproduction de droite : Pierre-Denis Martin, en 1722, peint le château de Versailles dans une étape qui n’est pas encore définitive.

Phase 2

  • Document 1 : Ézéchiel Spanheim, envoyé de l’électeur de Brandebourg à la Cour de France en 1690.

La Cour de France est tellement soumise à son roi, qu’on ne peut voir ailleurs autant d’empressement à lui faire sa cour avec une régularité exacte. Ce qu’on n’avait pas vu sous les règnes précédents. De sorte que tous les courtisans mettent une application particulière à voir le Roi et à être vus dans toutes les occasions, comme à son lever, ou quand il sort du Conseil et va à l’église, ou quand il prend ses repas.

  • Document 2 : Marquise de Sévigné, Lettre du 12 février 1683

Je reviens de Versailles. J’ai vu ces beaux appartements ; j’en suis charmée. Tout est grand, tout est magnifique, et la musique et la danse atteignent la perfection. Mais ce qui me plaît plus que tout, c’est de vivre quatre heures entières avec le roi ; c’est assez pour contenter tout un royaume qui aime passionnément à voir son maître.

  • Document 3 : Duc de Saint‑Simon, Mémoires (1739-1749)

Il était sensible à la présence continuelle des gens. Il regardait à droite et à gauche à son lever, à son coucher, à ses repas, en passant dans les appartements, dans ses jardins de Versailles, où seulement les courtisans avaient la liberté de le suivre ; il voyait et remarquait tout le monde, aucun ne lui échappait.

Il distinguait très bien les absences des passagers qui venaient plus ou moins souvent à la cour ; Il s’intéressait aux causes de ces absences.

C’était une disgrâce sûre pour qui ne venait jamais à la cour. Quand ils demandaient quelque chose pour eux : “Je ne le connais point”, répondait‑il fièrement. Pour ceux qui venaient rarement, il répondait : “ C’est un homme que je ne vois jamais ” ; et ces mots étaient définitifs.

  • Document 4 : Jean de La Bruyère, Caractères (1694 pour la 9e édition, posthume)

La Cour ne rend pas content ; elle empêche qu’on ne le soit ailleurs.

Un noble, s’il vit chez lui dans sa province, il vit libre, mais sans appui ; s’il vit à la Cour, il est protégé, mais il est esclave ; cela se compense.

  • Document 5 : Jean de La Fontaine, Les Obsèques de la lionne (1678)

Je définis la Cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu’il plaît au Prince, ou s’ils ne peuvent l’être,
Tâchent au moins de le paraître,
Peuple caméléon, peuple singe du maître.

Versailles_Patel
Le château de Versailles peint par Patel vers 1668
Versailles_Martin
Le château de Versailles peint par Martin vers 1722

6. BIBLIOGRAPHIE

  • Collectif, 1999, Les jeux de Versailles, coll. Récré-Musées, RMN.
  • Coppens B. et Albert J. -P., 199?,  A Versailles avec Louis XIV, coll. Le monde en poche, Paris, Nathan.
  • Cornette J., 1995, Versailles et Louis XIV : le miroir de l’absolutisme, dans Textes et documents pour la classe, n° 687, CNDP.
  • Gaussen D., 1994, Louis XIV et Versailles, coll. Regards d’aujourd’hui, Mango.
  • Puig O. et Biard Ph., Versailles, un château pour la gloire, Casterman-RMN.
  • Saule B., 1986, La journée d’un roi à Versailles, RMN.

Site officiel du château de Versailles :

http://www.chateauversailles.com/