Les migrations des premiers hommes


Concept : migration

Notions : évolution, peuplement, métissage


1. Les représentations des élèves

Après avoir travaillé sur l’évolution lors de la précédente situation-problème Quelles sont les origines de l’Homme ?, cette séquence nous amène naturellement à travailler sur le concept de migration. Celui-ci pourra être repris les années suivantes, notamment en 4e, avec les migrations touristiques et économiques.

Il me semble que nous poursuivons deux objectifs dans cette situation-problème :

Le premier est celui qui consiste à tenter de renverser la vision des élèves : à l’échelle de l’histoire de l’humanité, le phénomène migratoire est la règle. L’homme n’a pas attendu de posséder des moyens modernes de locomotion pour migrer. A l’échelle de leur vie, les migrations actuelles semblent exceptionnelles. De plus, les élèves ont de la difficulté à imaginer une planète sans pays ni frontière. Les migrations des premiers hommes sont un phénomène naturel en lien avec le nomadisme. Ce sont les Etats organisés par des sédentaires qui ne s’accommoderont pas des migrations. Il faudra attendre homo sapiens pour que la Terre soit grosso modo colonisée par sapiens. Il y a peut-être une exagération à en faire la première étape de la mondialisation comme le font certains auteurs (Carroué, L. (2018). Atlas de la mondialisation. Paris : Editions Autrement).

Le second objectif est de faire en sorte que les élèves perçoivent que H. sapiens n’est pas issu de l’évolution d’erectus locaux. Sapiens est issu d’Afrique, l’humanité a donc un berceau unique et un berceau bien récent.

Pour autant, nous voulons voir émerger leurs représentations afférentes au concept de migration. Si bien que l’enseignant peut en amont leur demander d’associer des idées ou des images à la notion de migration.

2. Le point sur les connaissances

Sans rentrer dans les détails, les paléoanthropologues s’accordent pour penser que H. erectus arrive en Europe, il y a 1,5 million d’années (Ma). A partir de 1,4 Ma, il existe des traces fossiles en Espagne. A partir d’il y a 1 Ma, sa présence est attestée principalement ou uniquement au sud de l’Europe. Il faut comprendre que ces migrations se déroulent sur des temps très longs que les élèves ont de la difficulté à appréhender. Les migrations dont nous parlons durent pendant plusieurs générations. Ce n’est évidemment pas le même individu qui fera le trajet Afrique – Europe ! Mais il vaut mieux le préciser aux élèves.

Entretemps homo erectus évolue et en Afrique (H. erectus, H. ergaster puis H. heidelbergensis) et en Europe, si bien qu’il est impossible de rentrer dans les détails avec les élèves. Sachons que homo erectus est rejoint en Europe par homo heidelbergensis. C’est probablement ce dernier homo qui évoluera vers H. neandertalensis après hybridation avec des espèces locales.

Si bien que c’est pour simplifier que les paléoanthropologues ne parlent que de deux migrations même si la théorie du berceau unique ne semble pas compromise. Et il n’y a aucune raison pour que Sapiens n’ait pas réalisé plusieurs sorties. D’autant que s’il sort d’Afrique, il le fait sans le savoir ! (Condemi, S. et Savatier, F. (2018) Dernières nouvelles de Sapiens. Paris : Flammarion). Et cette théorie n’empêche pas de concevoir des évolutions locales.

Et, nous en avons déjà parlé dans Les origines de l’homme, H. neandertalensis passionne les élèves. Il est clair que nous partageons avec lui un certain nombre de gènes (entre 1,5 et 2,5 %). La population des H. neandertalensis n’aurait pas dépassé 70 000 individus soit, pour l’Europe, une densité de 0,01. Bref, en tenant compte du fait que la population néandertalienne devait compter au plus 10 000 femmes et, au vu de la proportion de gènes néandertaliens que nous portons, certains paléanthropologues penchent pour une disparition par métissage plutôt que consécutive à des affrontements. Mais rien n’est arrêté comme toujours en sciences.

3. Déroulement de la situation-problème

Les élèves sont partagés en deux parties. Trois groupes travaillent sur les migrations d’homo erectus et trois autres sur celles accomplies par homo sapiens. Chacun des groupes travaille à partir d’une carte. La mission est simple, lire la carte et établir une légende.


Les migrations d'homo erectus (Situations-problèmes © Dalongeville A.)
Les migrations d’homo erectus (Situations-problèmes © Dalongeville A.)
Les migrations d'homo sapiens Situation-problème © Dalongeville A.
Les migrations d’homo sapiens (Situation-problème © Dalongeville A.)

DuréeDéroulement de la SPConsignes de travail
Emergencedes représentations 
5 min.L’enseignant revient sur l’origine de l’homme et repose la question de l’origine de sapiens en FranceNous avions vu que nous sommes des homo erectus et des homos sapiens. Mais où sont donc apparus les premiers d’entre eux ?
15 min.L’enseignant collecte les réponses des élèves et essaie de repérer des hypothèses qui défendraient soit l’hypothèse d’un unique berceau soit soit celle de plusieurs.
L’enseignant peut aussi passer par une phase de groupe. L’important est que les élèves abordent la phase suivante plein de questions.
Chacun d’entre vous donne sa réponse.
Mission 1Lire et légender deux cartes 
30 min.Individuellement, puis en groupe, les élèves lisent la carte qui leur a été confiée et en réalisent la légende.Vous lisez la carte, vous essayez de la comprendre et vous réalisez une légende. Seuls 10 minutes, puis en groupes.
10 min.Toujours en groupes, les élèves rédigent une conclusion pour répondre à la question initiale, d’où viennent les hommes.Toujours en groupe, vous répondez à la question d’où viennent les hommes. Vous écrivez une ou deux phrases.
20 min.C’est le rapport des groupes.
Repérage des hypothèses quant à NOS origines et quant au(x) berceau(x) de l’humanité.
Chaque groupe doit présenter sa carte ainsi que sa phrase de conclusion.
Mission 2Confronter deux hypothèses 
 5 min.L’enseignant doit bien récapituler les scénarios en présence :
– un ou plusieurs berceaux ?
– homo sapiens européen (par exemple) descend-il d’un homo erectus européen ou pas ?
Vous lisez les hypothèses de travail que j’ai notées au tableau.
20 min.Les élèves vont valider les différentes hypothèses à l’aide des deux textes ci-dessous. La situation-problème s’achève par une formulation individuelle et / ou collective des hypothèses.Vous allez valider les hypothèses au tableau grâce à la lecture des deux textes que vous distribue.
Synopsis de la situation-problème Les migrations des premiers hommes.

Deux textes sont proposés aux élèves afin de valider ou d’invalider certaines des hypothèses. D’autres textes peuvent être proposés. Je veux signaler que des élèves de 6e, malgré tout ce qu’on peut entendre sur leurs compétences de lecteur, peuvent lire de tels extraits. Bien évidemment ces deux extraits ne doivent pas être proposés de but en blanc, mais à la suite de ce travail.

Texte 1 – Antoine Balzeau – Musée de l’Homme

 

Texte 2 : Préhistoire : il y a 2 millions d’années, le long voyage des premiers hommes Par Jean-Baptiste Michel – Publié le 25/07/2018 dans GEO

4. Exploitation de la situation-problème

Il faut maintenant prendre de la hauteur et revenir sur le concept de migration. Je propose à mes élèves de discuter à partir d’une phrase de Dominique Garcia, président de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), prononcée à l’ouverture du colloque consacré à l’archéologie des migrations, en 2015.

Les migrations sont une caractéristique essentielle de l’humanité. L’humain n’existe que grâce aux migrations, que ce soit à travers des déplacements, des expansions, des fuites.

Cette discussion doit être libre, et autant que possible, l’enseignant doit la relier à des faits historiques : migrations celtes, « barbares », etc. Il n’y aura pas de conclusion car il s’agit d’installer des interrogations dans les t^tes des élèves et ne pas se laisser aller à imposer une vision politique relative au phénomène migratoire.