La condition des enfants au travail pendant l’âge industriel

Cette situation-problème consacrée aux conditions de vie des enfants pendant l’âge industriel suppose que les élèves aient vécu la situation-problème centrée sur la Révolution industrielle parue dans Dalongeville, A. (2007). Situations-problèmes pour enseigner l’histoire, Hachette, pp. 180-189.


  • Concept de second ordre : continuité / changement ; cause / conséquence ; point de vue
  • Concept de premier ordre : industrialisation
  • Notions clefs : lutte sociale ; classe sociale

Documents de travail : voir la liste des documents ci-dessous ; une copie des documents utilisés sera mise en ligne ultérieurement.

Nous avons déjà abordé ce thème dans un précédent article essentiellement consacré à la classe de 4ème en collège : La Révolution Industrielle en Europe. Celui-ci se centre sur les conditions de vie des enfants pendant l’âge industriel et concerne la classe de CM2 comme le suggère cet extrait du programme :

Le travail à la mine, à l’usine, à l’atelier, au grand magasin.
On montre que l’industrialisation est un processus qui s’inscrit dans la durée, qui touche tous les secteurs de la production et qui entraîne des évolutions des mondes urbain et rural et de profonds changements sociaux et environnementaux. (Programme de CM2)

1. Les représentations des élèves

Quels sont donc les concepts de second ordre sur lesquels travailler ?

Le programme nous incite à nous intéresser à ce que nous nommons parfois « Révolution industrielle » comme un moment privilégié de changement sur le plan social, environnemental, paysager… La Révolution industrielle n’est donc pas seulement une période de mutation technologique et ne se limite pas à l’invention de la machine à vapeur. Jusqu’à la Révolution industrielle, la richesse est essentiellement foncière et ce depuis le Moyen Âge même si certaines fortunes se sont bâties sur le commerce avec les colonies ou avec l’Orient. Un ordre nouveau s’impose et avec lui les mondes urbains et ruraux se transforment ainsi que les conditions de travail, la société ou l’organisation économique.

A partir de ce constat, nous pouvons poursuivre plusieurs pistes. Bien évidemment, un des concepts de second ordre qui peut être travaillé est celui de changement / continuité que nous avons développé dans un autre article : Et avant la France ?. Un autre des concepts possibles est celui de cause / conséquence car si l’âge industriel puise une de ses origines dans une mutation technologique, une série de transformations s’opèrent qui peuvent être analysées comme des conséquences. Nous assistons au passage d’un système à un autre et nous savons que comme tout système un déséquilibre à un quelconque endroit de celui-ci peut provoquer sa mutation. La première piste nous apparaît plus facile à mener avec des élèves de CM2.

On sait que les conditions de travail et de vie des enfants au XIXème siècle étaient particulièrement dures. On sait aussi qu’elles vont peu à peu s’améliorer ce qui justifie le travail sur le concept de changement. Mais il serait erroné de croire que cette transformation est à imputer à la seule humanité des patrons ou des membres de la classe politique. Des luttes ouvrières ont été déterminantes dans les progrès qui ont été accomplis. Cette difficulté, ces étapes, sont autant d’éléments de résistance. Le couple continuité / changement est donc bien au centre de ce travail.

L’école obligatoire a été un des leviers de cette transformation de la vie des enfants. Alors que l’école est parfois vécue par nos élèves comme une contrainte, elle fut d’une certaine manière émancipatrice. Un autre changement de perspective apparaît nécessaire, c’est celui que les élèves ont de la loi. Pour eux, la loi est essentiellement contrainte, alors qu’il vaut mieux une loi même insuffisante plutôt que l’absence de loi. C’est à cette époque que Lacordaire, dans son « Sermon prononcé à la chaire de Notre-Dame » en 1848, rappelait que « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ». Enfin, il ne faut pas être naïf. Si la bourgeoisie qui est à la tête de la grande industrie et qui détient les commandes de l’Etat pour l’essentiel va être favorable à la scolarisation des enfants les plus jeunes, c’est qu’il y trouve son intérêt. Une main d’œuvre qui sache lire va peu à peu devenir nécessaire.

Le concept (second ordre) de point de vue est également convoqué dans la seconde phase de ce travail car comme nous le disions tout le monde n’a pas le même intérêt à ce que les enfants ne travaillent plus et soient scolarisés. Les patrons sont divisés sur la question ainsi que les familles pour lesquelles l’école obligatoire constitue un manque à gagner. L’enfant n’est pas seulement une charge comme aujourd’hui dans les sociétés riches mais il est une source de revenus qui ne peut être négligée.

2. Le déroulement en deux phases

L’émergence des représentations des élèves

Bien évidemment, les représentations recherchées sont celles que les élèves ont à propos du concept de changement. Mais ce concept demande également une vision historique qui consiste à penser que le progrès n’est pas tombé du ciel. Nous proposons de partir de cette affiche de l’UNICEF qui milite contre le travail des enfants. Elle a l’avantage d’être intemporelle et suffisamment vaste pour que les élèves réagissent. Le travail des enfants existe-t-il encore. Eux travaillent mais à l’école : s’agit-il de la même chose ? Et en France, les enfants travaillent-ils ? Oui ? Non ? Et depuis longtemps ? Pourquoi ne travaillent- ils plus ? L’expression « point final ! » peut aider à penser que c’est un processus engagé depuis quelque temps et toujours pas achevé.

Phase 1 : documents A, B, C et D.

La première phase doit permettre aux élèves de prendre connaissance des conditions de vie et de travail des enfants au XIXème siècle. Chaque groupe prend en charge un document. Ces quatre documents sont des documents écrits. Ce qui est un choix obligatoire puisque la mission que les élèves doivent réaliser est un dessin. Chaque groupe présente son dessin et l’enseignant établit avec les élèves un portrait robot d’un enfant de la classe ouvrière à cette époque. Ce portrait robot peut ensuite être traduit par chaque groupe dans un écrit plus distancié et plus « social ».

Mission : À l’aide du document qui vous a été distribué, vous allez dessiner les enfants dont parle le document.

Phase 2 : documents E, F, et G.

La seconde phase est amenée par l’enseignant qui apporte un fait extérieur : dans quelques semaines, la loi du 28 mars 1882 « Sur l’Enseignement Primaire obligatoire » va être votée. L’enseignant doit un peu théâtraliser son intervention et s’adresser aux élèves un peu comme un garde champêtre quand il passait dans les villages faire des annonces officielles. Chaque groupe repart au travail avec un document et doit présenter sa réaction, sa position. Chaque groupe rendra compte de sa décision. Pour ? Contre ? Quels arguments ? Lors de la phase de socialisation, l’enseignant souligne que certains sont des ouvriers, d’autres des patrons… Le concept de point de vue doit se mettre en place. Les élèves peuvent retourner en groupe faire une synthèse écrite de cette seconde phase.

Mission : Maintenant que vous savez que l’ école risque d’être rendue obligatoire, vous devez dans une affiche indiquer qu’elle est votre réaction.

Exploitation de la séance : L’enseignant apporte à chaque groupe de travail un historique des lois qui ont protégé les enfants en France. Il leur demande de réagir. Il faut évidemment discuter avec les élèves pour comprendre l’origine de ces efforts législatifs. Dans l’enseignement de l’histoire en France, les luttes sociales, ouvrières et syndicales sont pratiquement absentes.

Chronologie (Retz)

  • 1801 : Interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans en Angleterre
  • 1813 : Décret impérial interdisant le travail des enfants de moins de 10 ans dans les mines
  • 1840 : Rapports du sénateur Charles Dupin et du docteur Villermé sur la vie ouvrière et le travail des enfants
  • 1841 : Première loi en France interdisant le travail des enfants de moins de 8 ans et limitant à 12 heures par jour celui des enfants de 8 à 16 ans
  • 1851 : Durée de travail quotidien limitée à 10 heures pour les moins de 14 ans, et à 12 heures entre 14 et 16 ans
  • 1874 : Interdiction en France du travail des enfants de moins de 13 ans
  • 1892 : Loi du 2 novembre 1892 qui fixe la durée maximum de travail à 10 heures quotidiennes à 13 ans, à 60 heures hebdomadaires entre 16 et 18 ans

Liste des documents

  • 1. Document pour l’émergence des représentations :
  • 2. Document pour lancer la phase 2 : Application de la loi du 28 mars 1882 Sur l’Enseignement Primaire obligatoire.
  • A – Docteur Villermé, Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, 1840.
  • B – Témoignage d’une fillette de 11 ans, «Enquête de la commission des Mines en France», 1842, Les débuts de l’industrie, p.43.
  • C – Bulletin de la Société de Protection des Apprentis Et des Enfants Employés dans les Manufactures, 1884, Vol. 17: Reconnue Comme Établissement … 1868) (Classic Reprint) (2018).
  • D – Truquin, N. (2004). Mémoires et aventures d’un prolétaire à travers la révolution (1833-1887), L’Harmattan.
  • E – Cacheux, E. (1885). La réforme sociale. (Budget annuel d’une famille ouvrière).
  • F – Chambre de commerce de Mulhouse, 6 septembre 1837.
  • G – Victor Hugo (1838). Melancholia, Contemplations, livre III.

Bibliographie sommaire à destination des élèves

  • Pôle mémoire et patrimoine de la ville de Pantin, Dossier pédagogique_L’âge industriel en France. Le martyre des enfants travailleurs, https://fr.calameo.com/read/0053441081049b9984835
  • Godard, Ph. (2009). Pendant la révolution industrielle, La Martinière Jeunesse.
  • Hélary, M. (2009). Le travail des enfants, Milan.